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Sélection Romans
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La Grand-mère de Jade / Frédérique Deghelt.- Actes Sud, 2009
Jade est une jeune femme à la trentaine assurée. Journaliste pigiste pour la presse écrite à Paris, elle vient de quitter Julien avec qui elle vivait, depuis cinq ans, une liaison devenue ennuyeuse à ses yeux seulement. Jeanne ou « Mamoune », sa grand-mère, est une octogénaire qui habite en Haute-Savoie, seule, dans la maison familiale, depuis la mort de son cher époux Jean. Mère de quatre enfants, Mariette et Léa toutes deux avocates, Denise médecin et Serge (le père de Jade) artiste peintre, elle vient d’avoir, lorsque l’histoire commence, un malaise et ses filles ont décidé, sans lui laisser le soin de le décider par elle-même, de la faire entrer dans une maison de retraite médicalisée. Cette situation ne plaît vraiment pas à Jade qui, sans trop réfléchir aux conséquences de cet acte, descend de suite dans les Alpes et « kidnappe » sa chère grand-mère pour l’emmener vivre à Paris. Commence alors pour les deux femmes une cohabitation fragile au départ, puis de plus en plus solide et forte et toujours empreinte d’une affection à toute épreuve.
Rédigé à deux voix, celle du récit de Jade et celle de Mamoune, ce roman aborde en toute simplicité l’avancée en âge, ce sentiment étrange de se sentir toujours jeune et l’esprit alerte dans un corps vieillissant. Avec douceur et une écriture très poétique, Frédérique Deghelt nous brosse deux portraits de femmes, dignes, respectueuses, attentives l’une envers l’autre, pas effrayées par les cinquante années qui les séparent, bien au contraire, qui vont trouver un mode de vie à deux un peu inattendu au cœur de cette vie parisienne plus que trépidante et qui, pourtant, va se révéler une parfaite harmonie.
Un très joli texte de Frédérique Deghelt, merveilleux messager d’une intergénération réussie.

La Fille qui marchait dans le désert / Vénus Khoury-Ghata.- Mercure de France, 2010
Adam m'aimait à cause du désert, de l'odeur de sable qui collait à la plante de mes pieds, aimait Mathilde parce qu’elle lisait et écrivait.
Elle tapait ses romans, tapait jour et nuit jusqu'à oublier qu'elle était une femme. Mathilde n'aimait pas le plaisir. Pauvre Mathilde qui n'a connu qu'un seul homme, un mari, pas un amant. Elle s'est privée de la halwa de la vie, de ce qui fait scintiller une femme comme lune de septembre. Mais les responsabilités l'ont vieillie : gérer un domaine a blanchi ses cheveux et noirci son coeur. Ma soeur m'a tout appris sauf à aimer. Adam s'en est chargé. Mathilde me manque. Une seule main ne peut applaudir. Elle était la main droite, j'étais la main gauche et Adam était les applaudissements.
A l'occasion d'une conférence sur l'écrivain Adam Saint-Gilles, Anne rencontre sa veuve, Mathilde, et passe la nuit dans son gîte rural. La nuit devient des mois. Anne ne quitte pas les lieux malgré les rudes tâches exigées par Mathilde : débiter du bois, redresser une haie affaissée lui vaudront la lecture d'un roman inédit, promise jour après jour. Anne, esclave consentante de Mathilde. La découverte, à l'autre bout du domaine, de Zohra clouée dans un fauteuil roulant, demi-soeur de Mathilde et jadis amante de Saint-Gilles, éclaire d'une lumière crue la face cachée de la vie de l'écrivain...
Vénus Khoury-Ghata est une poétesse reconnue, qui a reçu de nombreux prix. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir écrit seize romans - c'est le dix-septième - où s'exprime, avec beaucoup de sensibilité, sa double culture, libanaise et française. Cette dualité domine son dernier livre...
Cette ensorceleuse de Vénus Khoury-Ghata a réussi à nous désorienter. Elle nous ferait presque croire que Saint-Gilles a existé.
 

Une Année avec mon père / Geneviève Brisac.- Ed. de l'Olivier, 2010
Le livre est en creux, niché dans les détails, camouflé dans les blancs et les silences, dissimulé au détour d'une phrase. Il se compose peu à peu, à la manière d'un puzzle, une pièce minuscule suffit parfois pour qu'un pan entier apparaisse soudain, avec une force décuplée. La mémoire est ainsi. Et le livre dessine page à page l'histoire d'un drôle de couple. Un vieux monsieur, victime d'un accident de voiture qui l'a privé de sa femme. Et l'une de ses filles qui va l'accompagner tout au long de l'année qui lui reste à vivre. Elle, attentionnée, maladroite, aux aguets, soucieuse de ne point trop en faire. Lui, attentif à donner le change, à se tenir, à préserver son indépendance, volontiers bourru, taquin. Etonnant de mauvaise foi. Et soudain très fatigué. La présence doit être légère, l'angoisse toujours cachée, le geste protecteur -maternel?- sans cesse retenu. Faire semblant de ne rien voir des lenteurs, des trébuchements, des faiblesses qui parasitent tous les instants. Michel Abescat (Télérama) 


Instructions pour sauver le monde / Rosa Montero.- Métailié, 2010
Quatre personnages plongés dans l’apocalypse de la modernité d’une grande cité vont voir leurs destins se croiser.
Un chauffeur de taxi veuf qui ne peut pas se remettre de la mort de sa femme, un médecin sans illusions perdu dans les espaces virtuels de Second Life, une prostituée africaine accrochée à la vie que protège son totem, un petit lézard, et une vieille scientifique alcoolique et pédagogue sont les héros de ce conte philosophique sur fond d’assassinats en série, de terrorisme et de petits prodiges.
Rosa Montero écrit une histoire d’espérance, une tragicomédie entre humour et émotion. Un texte captivant qui nous montre que "la vie est belle, folle et douloureuse. Une fable pour adultes pour profiter de la beauté, maîtriser la douleur et rire de cette incroyable folie".
 


L'Echo des morts
/ Johan Theorin.- Albin Michel, 2010
Après L’Heure trouble, salué par la critique internationale, L’Écho des morts explore à nouveau l’atmosphère étrange de l’île d’Oland, où les Westin, une famille de Stockholm, ont décidé de s’installer définitivement. Quelques jours après leur arrivée au coeur de l’hiver, Katrine Westin est retrouvée noyée et son mari sombre dans la dépression. Alors que d’inquiétantes légendes autour de leur vieille demeure refont surface, la jeune policière chargée de l’enquête est vite convaincue qu’il ne s’agit pas d’un accident…
Porté par l’écriture très personnelle de Theorin, un suspense où passé et présent s’entrecroisent dans un climat troublant, aux limites du fantastique.
"Encore meilleur que L’Heure trouble." The Guardian
"Theorin est un écrivain des climats et des ambiances, des tout petits riens dont la lente et modeste accumulation font des grands tout." Marianne

La Femme en vert / Arnaldur Indridason.- Métailié, 2007
Sans nous chambouler totalement, le précédent roman d’Indridason, La Cité des Jarres, nous révélait tout de même un réel talent à suivre. Dire que La Femme en vert confirme la belle promesse islandaise serait bien plat hommage à ce roman magnifique. Indridason enfonce le clou : son grand sujet, c’est la mémoire, ce passé forcément tourmenté qui s’amuse à ressurgir quand on ne l’attend plus, quand on ne veut surtout plus l’attendre. Le début de « La Femme en vert » est magistral. Un bébé se fait les dents sur un os. Un os humain. On exhume bientôt un squelette, et voilà le commissaire Erlendur, toujours à son rythme, qui s’oblige à replonger dans une histoire vieille de 50 ans. Indridason alterne dans son récit les scènes d’enquête actuelles et le tableau terrifiant d’une famille au lendemain de la seconde guerre mondiale qui vit sous la férule d’un tyran domestique et frappeur. Erlendur fouille, remonte à la surface des horreurs familiales. En écho au drame qui se noue dans la famille d’antan, les ratages et les incompréhensions qui ont ravagé le foyer du commissaire, précipitant sa fille dans une course autodestructrice qui finit dans le mur du coma. Erlendur se débat au milieu de vieux démons, les siens et ceux des autres. Il est douloureux bien sûr de se confronter à ces saloperies là, et Erlendur laisse dans l’affaire quelques plumes. Comment pourrait-il en être autrement ?